Saint Augustin

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Saint Augustin

Message par debora le Lun 28 Jan - 7:35

Augustin d'Hippone
Augustin a vécu au tournant des 4e et 5e siècles (354-430), grande période des "Pères de l'Eglise". Après une jeunesse mouvementée mais également occupée et tourmentée par sa recherche du sens (il découvre progressivement en fait que c'est Dieu qu'il cherche), il se convertit selon un chemin qu'il a raconté dans Les Confessions. Il reçoit le baptême la nuit de Pâques 387 et désire vivre une vie contemplative (et pour cela devenir moine), vie consacrée à Dieu avec quelques amis qui partagent son désir. Bientôt il sera ordonné prêtre, puis évêque (à partir de 395) et il consacrera sa vie à son diocèse d'Hippone (Afrique du Nord, dans l'actuelle Algérie : ville d'Annaba). Prêchant quotidiennement (ses sermons divers étaient pris à la dictée par divers secrétaires : il revoyait et complétait souvent ces notes avant publication) et écrivant directement, il a laissé une œuvre considérable dont l'importance ne s'est jamais démentie.

On pourrait dire que Saint Augustin a écrit à peu près sur tous les sujets qui concernaient l'Eglise de son époque, mais beaucoup des thèmes et des questions traités par lui continuent à concerner l'Eglise actuelle. On peut trouver dans l'immense oeuvre d'Augustin des orientations et des éléments de réponse pour des questions qui préoccupent le croyant ou l'incroyant (car Saint Augustin a d'abord été incroyant avant d'être l'un des croyants les plus passionnés de toute la chrétienté !). Mais Augustin a surtout été, toujours, un chercheur de Dieu ("Bien tard je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle", Conf., Ch. X) : quand il était simplement catéchumène, pas encore bien décidé à recevoir le baptême ("Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi", Conf. Ch. X), quand il voulait découvrir le vrai Dieu, assoiffé qu'il était de vérité et d'Amour ("j'ai goûté, et j'ai faim et j'ai soif ; tu m'as touché et je me suis enflammé pour ta paix.", Conf. Ch. X), mais aussi quand il songeait aux orientations à donner à sa vie, puis quand, baptisé, devenu très rapidement moine et prêtre, puis évêque, il défendit la foi catholique face à à de nombreuses hérésies, et quand il annonça partout et toujours à travers sa prédication quotidienne, les fondements de la foi (qu'il contribua à préciser doctrinalement), nourrie par la lecture constante de la Bible et la méditation et la rencontre de Dieu dans la prière.

Sans doute du fait de son expérience personnelle qui lui a révélé progressivement l'infini de l'Amour et de la miséricorde de Dieu, Augustin est revenu très souvent sur la question de la "Grâce" ; il a ainsi pris part aux très importants débats de son époque, en défendant toujours cette "gratuité" de l'Amour de Dieu qui ne doit rien à nos mérites (cf. ses écrits contre Pélage), et en posant, dans cette perspective, la difficile question de la volonté et de la liberté de l'homme. On a désigné Augustin comme "le Père de la grâce", et l'on ne s'étonnera donc pas de retrouver dans sa vie, comme dans toute son oeuvre, ce thème principal de la grâce de Dieu.

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Augustin connaît d'abord une jeunesse dissipée, dispersée entre toutes sortes de plaisirs (Augustin rappellera à maintes reprises son attrait pour les femmes, les honneurs...). Toutefois, il est animé par un grande inquiétude intellectuelle et psychologique, a de nombreuses curiosités philosophiques et linguistiques (il a embrasé la profession de "rhéteur). Augustin verra dans toute cette période de sa vie en germe déjà une recherche de Dieu qui va d'ailleurs se préciser à travers la lecture des philosophes et son grand intérêt pour les philosophies (Augustin est un grand lecteur de Cicéron, puis il découvre Plotin et les néo-platoniciens...), son souci et son attrait pour la religion et les croyances (comme par exemple le manichéisme qui le tenta un certain temps). Finalement, après avoir rejoint l'Italie, Rome en 383 puis surtout Milan où il va s'installer plus durablement) pour des raisons professionnelles (découragement face aux étudiants de Carthage qu'il juge peu intéressants), Augustin découvre la prédication de l'évêque du lieu, Ambroise, qui accepte de répondre à toutes les interrogations d'Augustin au cours de longs entretiens. Bien des événements personnels sont relatés également par Augustin dans les Confessions qui ont certainement contribué à son "retournement". Augustin, catéchumène depuis son enfance (1) va finalement se convertir radicalement et demander le baptême en 387(2).

Beaucoup d'événements ont préparé la conversion d'Augustin : notamment sa rencontre, déjà signalée, avec Ambroise (Evêque de Milan) dont il va suivre les enseignements, découvrant ainsi comment on doit lire la Bible : non pas de façon littérale, mais en dégageant le sens qui permet de s'approcher de Dieu à travers sa Parole.

Mais des amis vont aussi jouer un rôle important dans cette conversion (on pense à Alypius) ; certains vont lui faire découvir le choix radical de St Antoine et sa vocation de moine au désert... Augustin va découvrir comment Dieu le cherchait, au sein même de son péché :

Peu de temps après son baptême, reçu en même temps que son fils Adéodat et qu'Alypius,, la nuit de Pâques 387, Augustin repart pour l'Afrique et Thagaste, sa ville natale (en 388) ; il groupe en une communauté de prière et d'étude ("communauté monastique" avant la lettre) quelques-uns de ses meilleurs amis (Evodius, Alypius, mais également son fils Adéodat...) pour marcher ensemble dans une voie de perfection. Or l'évêque de la région, Valère, était vieillissant, peu à l'aise avec le latin ; il ordonne Augustin prêtre en 391, presque malgré lui, et le charge de la prédication. Finalement Augustin succèdera à Valère peu après (si la date de l'ordination épiscopale d'Augustin n'est pas exactement connue, on sait qu'il est évêque en 397, puisqu'il signe comme tel les Actes du IIIe Concile de Carthage : il a donc dû succéder effectivement à Valère, dont il était le "coadjuteur", vers la fin de 396).

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Re: Saint Augustin

Message par debora le Lun 28 Jan - 7:43

Un extrait du commentaire de l'évangile de la Samaritaine, dans les Homélies sur l'Evangile de Jean
XV, 11-17 ; 25 (Bibliothèque Augustienne, 73A)

11. Jésus lui dit : Donnez-moi à boire ; car ses disciples s’en étaient allés en ville pour acheter de quoi se nourrir. Or, cette femme Samaritaine lui dit : Comment se fait-il qu’étant Juif vous me demandiez à boire, à moi qui suis Samaritaine ? car les Juifs ne communiquent pas avec les Samaritains . Vous le voyez, c’étaient des étrangers pour les Juifs : ceux-ci ne voulaient pas même se servir des vases qui étaient à leur usage. Et comme cette femme portait avec elle un vase pour puiser de l’eau, elle s’étonne qu’un Juif lui demande à boire. Car les Juifs n’avaient pas coutume de le faire. Mais si Jésus lui demandait à boire, c’était en réalité de sa foi qu’il avait soif.

12. Enfin quel est celui qui lui demande à boire? Ecoute, l’Evangéliste va le dire : Jésus lui répondit : Si tu connaissais le don de Dieu et quel est celui qui te dit : Donne-moi à boire, peut-être lui en aurais-tu demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. Il demande et il promet à boire. Il a besoin en tant qu’il demande ; et chez lui il y a surabondance, puisqu’il doit satisfaire tous les désirs. Si tu connaissais le don de Dieu. Le don de Dieu, c’est le Saint-Esprit. Mais il parle à cette femme à mots couverts, et peu à peu il entre en son coeur : peut-être même l’instruit-il déjà. Où trouver une exhortation plus douce et plus engageante ? Si tu connaissais le don de Dieu et quel est celui qui te dit : "Donne-moi à boire, peut-être lui en aurais tu demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive". Jusqu’ici il tient en suspens l’esprit de cette femme. Dans le langage ordinaire on appelle eau vive celle qui sort de la source. Quant à la pluie qu’on recueille dans des bassins ou des citernes, on ne lui donne point le nom d’eau vive. L’eau vive est celle qui coule de source et qu’on puise dans son lit. Telle était l’eau de la fontaine de Jacob. Que lui promettait donc celui qui lui en demandait ?

13. Cependant cette femme ainsi tenue en suspens lui dit : Seigneur, vous n’avez pas de vase pour puiser, et le puits est profond. Reconnaissez à cela ce qu’elle entendait par eau vive. Elle entendait l’eau de la fontaine de Jacob. Vous voulez me donner de l’eau vive, mais le vase pour la puiser je l’ai entre mes mains, et il vous manque. Cette eau vive, elle est ici, comment pouvez-vous m’en donner ? Elle ne comprend pas les choses dans le vrai sens : elle en juge encore d’une manière charnelle ; et, toutefois, elle frappe d’une certaine manière pour que le maître lui ouvre la porte encore fermée. Elle frappe par son ignorance, non par ses désirs, elle était digne de la pitié du Sauveur, mais pas encore de ses instructions.

14. Le Seigneur lui parle de cette eau vive en termes plus clairs. Cette femme lui avait dit : Etes-vous plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits ; et lui-même en a bu, et ses enfants, et ses troupeaux ? En d’autres termes : vous ne pouvez me donner de cette eau vive, car vous n’avez pas de vase pour en puiser ; sans doute celle que vous me promettez a sa source ailleurs. Pensez-vous donc valoir mieux que notre père, qui a creusé ce puits pour son usage et celui des siens ? C’est le moment que le Seigneur lui explique ce qu’il entend par eau vive. Jésus lui répondit : Quiconque boira de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissante pour la vie éternelle. Ici le langage de Notre-Seigneur est plus clair : Cette eau deviendra en lui une source pour la vie éternelle. Celui qui boira de cette eau n’aura jamais soif. Etait-il possible de marquer plus clairement que s’il promettait de l’eau, c’était une eau invisible, et non pas une eau visible ; qu’il parlait selon l’esprit et non selon la chair ?

15. Néanmoins cette femme comprend encore les choses dans un sens charnel ; heureuse de penser qu’elle n’aurait plus soif, elle supposait que le Sauveur lui avait fait une pareille promesse dans le sens matériel : sans doute cette promesse se réalisera un jour, mais au jour de la résurrection des morts. La Samaritaine voulait la voir s’accomplir immédiatement. Aussi bien Dieu avait autrefois donné à son serviteur Elie de demeurer quarante jours sans éprouver ni faim, ni soif (1 Rois, 19, Cool. Celui qui a pu accorder une pareille grâce pendant quarante jours, ne peut-il pas l’accorder toujours ? Elle soupirait donc, ne voulant ni manquer d’eau, ni s’en procurer avec tant de fatigue. Venir continuellement à cette fontaine, s’en retourner chargée de la provision nécessaire pour subvenir à ses besoins; puis, cette provision épuisée, se voir de nouveau contrainte à revenir, c’était là son travail de tous les jours, parce que cette eau qui soulageait la soif - ne l’éteignait pas. Joyeuse de la promesse que lui fait le Christ de cette eau vive, elle demande au Seigneur de la lui donner.

16. Toutefois, n’oublions pas que le Sauveur lui promettait un don spirituel. Qu’est-ce à dire : Celui qui boira de cette eau aura encore soif ? Parole véritable, si on l’applique à cette eau véritable encore, si un l’applique à ce dont elle était la figure. L’eau, au fond de ce puits, c’est la volupté du siècle dans sa ténébreuse profondeur. La cupidité des hommes, voilà le vase qui leur sert à y puiser. Leur cupidité les fait pencher vers ces profondeurs jusqu’à ce qu’ils en touchent le fond et y puisent le plaisir ; mais toujours la cupidité marche et précède. Car celui qui ne fait pas d’abord marcher la cupidité ne peut arriver au plaisir. Supposez donc que la cupidité est le vase avec lequel on puise, et que l’eau que l’on doit tirer du puits c’est le plaisir lui-même, et le plaisir mondain que l’on goûte, c’est le boire, le manger, le bain, les spectacles, l’impureté ; celui qui s’y adonne n’en sera-t-il plus désormais altéré ? Donc Jésus dit avec raison : Celui qui boira de cette eau aura encore soif ; mais si je lui donne de mon eau, il n’aura jamais soif. Nous serons rassasiés, a dit le Prophète, de l’abondance des biens de votre maison (Ps. 114, 5). De quelle eau donnera donc le Sauveur, sinon de celle dont il est écrit: En vous est la source de vie ? Comment, en effet, auront soif ceux qui seront enivrés de l’abondance de votre maison (Ps. 35, 10, 9) ?

17. Ce que promettait donc Notre-Seigneur, c’était la plénitude et la satiété dont le Saint-Esprit est l’auteur. La Samaritaine ne le comprenait pas encore, et dans son intelligence que répondait-elle ? Cette femme lui dit : "Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n’aie plus soif et que je ne vienne plus ici pour en tirer". Travail pénible auquel la contraignaient ses besoins et qui rebutait sa faiblesse. Si seulement elle entendait ces paroles : Venez à moi, vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai (Matth. 11, 2Cool ! Car ce que lui promettait Jésus, c’était la délivrance de sa peine ; mais elle ne le comprenait pas encore.


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