Théodore Monod
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Théodore Monod
Théodore Monod – Le marcheur des sables
-- A pied et à dos de chameau, Théodore Monod a traversé, depuis soixante-dix ans, tous les grands désert de la planète. Une quête scientifique, mais aussi spirituelle. –-
- On vous appelle le patriarche des sables. Mais pourquoi parcourez-vous ainsi le Sahara ?
- N’est-ce pas monotone de marcher dans le désert ?
- Parcourir des centaines de kilomètres à pied, cela doit exiger une certaine préparation ?
- Avec des crevasses au pied, on ne peut plus marcher ?
- Marcher dans le désert permet-il d’aller à la rencontre de Dieu ?
- Vous vous qualifiez souvent « d’obscur apprenti chrétien »
- A 97 ans, vous allez repartir dans le désert. D’où vient cette énergie ?
-- Extrait du journal Prier – Janvier/Février 2000 – Propos recueillis quelques mois avant sa mort en novembre 2000 --[justify]
-- A pied et à dos de chameau, Théodore Monod a traversé, depuis soixante-dix ans, tous les grands désert de la planète. Une quête scientifique, mais aussi spirituelle. –-
- On vous appelle le patriarche des sables. Mais pourquoi parcourez-vous ainsi le Sahara ?
- Théodore Monod – Je suis très curieux de nature. Et cette curiosité me donne envie, comme scientifique, d’observer des plantes, des animaux, des cailloux, des fossiles afin d’inventorier la flore et la faune locales encore mal connues. Partir. Tous les chercheurs ont cette faim, cette soif. Partir et chercher, encore et toujours.
- N’est-ce pas monotone de marcher dans le désert ?
- Théodore Monod – Oui et non. Quand on marche dans le Sahara, les distances sont si grandes qu’on peut rester des semaines dans le sable. C’est assez ridicule de voir le matin un point d’horizon que l’on n’atteindra que le lendemain soir. Parfois, le pied s’enfonce dans le sable comme dans les dunes au bord de la mer. Alors on évite de monter, on cherche des passages plus faciles. Les nomades se réfèrent toujours aux astres, au vent. C’est pourquoi j’interroge toujours ces pèlerins du désert. Leur acuité visuelle, mentale, instinctive est admirable. Le nomade s’appuie sur des repères infimes dans un paysage quasi désertique : une bande de sable de telle couleur, un ensemble de pierres de telles formes. L’homme marcheur est lié au paysage et sa vigilance lui garantit une liberté toujours fragile.
- Parcourir des centaines de kilomètres à pied, cela doit exiger une certaine préparation ?
- Théodore Monod – Oui, il faut être à la fois prudent et prévoyant. Dès qu’on est lancé dans l’aventure, il faut avancer. On n’a pas le choix. C’est comme si vous traversiez l’océan Atlantique : il faut atteindre un port. Dans le désert, on est soumis aux conditions extérieures. On ne commande pas, on obéit. Il peut venir une tempête de sable, un abcès sous la plante du pied, un talon qui éclate sous le froid… Il est inutile de se plaindre. D’ailleurs, à qui pourrait-on bien se plaindre ?
- Avec des crevasses au pied, on ne peut plus marcher ?
- Théodore Monod – Ah, les crevasses au talon, c’est douloureux ! Le sable rentre dedans. Alors, on bourre la crevasse avec de la graisse et on coud la plaie avec du tendon de gazelle. Après, on voyage sur le dos du chameau. On a le temps de méditer là-haut. Mais il faut surtout éviter de s’endormir pour ne pas tomber par terre. Le désert est une école d’endurance. Il faut supporter beaucoup de petites misères qui font partie du programme. On n’est pas obligé d’aller là-bas, l’accès est libre. Mais si vous y allez, il faut accepter la règle du jeu et les exigences du pays. Tout cela pour se libérer du poids du monde, du bruit et de la vitesse qui renient les joies de la contemplation.
- Marcher dans le désert permet-il d’aller à la rencontre de Dieu ?
- Théodore Monod – Je ne dis pas cela. Il n’est pas besoin d’un support spatial particulier, excentré de la ville, pour atteindre l’au-delà, l’éveil, la vérité. Le chemin de l’absolu peut se révéler en méditant, en priant dans le métro. Mais il est vrai que le désert recèle de nombreux trésors. C’est un espace de silence et de sagesse à découvrir avec respect. A sa manière, il est un lieu d’épreuves et de mystères. En ce sens, il invite à marcher, à se mettre en route.
- Vous vous qualifiez souvent « d’obscur apprenti chrétien »
- Théodore Monod – Je veux dire que, là aussi, je suis en route. J’essaie de suivre le rabbi Yehoshua ben Youssef de Nazareth. Et de lui obéir. Mais je suis encore loin du but. La route est longue. Lorsque je regarde notre monde avec ses guerres, ses violences et ses exclusions, je me dis que le christianisme n’a pas encore été vraiment essayé. Pendant deux mille ans, on n’a pas pensé assez à ce qui fait le cœur de l’Evangile, c’est-à-dire les Béatitudes. J’en récite des extraits tous les jours, en grec, dans la version de Matthieu. Je médite particulièrement « Heureux ceux qui ont l’esprit de pauvreté, car le Royaume des cieux est à eux ». Adopter le Sermon sur la montagne comme règle de vie, personne n’y songe, et pourtant, tout serait transformé. Prière et action, lutte et contemplation : il faut tenir ensemble ces deux appels.
- A 97 ans, vous allez repartir dans le désert. D’où vient cette énergie ?
- Théodore Monod – Il y a encore beaucoup de choses à découvrir. Tant que les pattes de derrière fonctionnent, il faut s’en servir. Je n’ai pas fini d’assouvir ma curiosité. Il est vrai que j’ai toujours veillé à bien distinguer mon travail scientifique de ma démarche spirituelle, je ne peux m’empêcher de penser que la foi est une recherche et qu’elle doit nous mettre en partance, faire de nous des marcheurs. Trop de croyants sont persuadés de détenir la vérité, d’avoir tout compris. Pourtant, Dieu ne se laisse pas toucher facilement. Il faut avoir une âme de nomade pour le trouver. Ma foi d’apprenti chrétien, protestant, est avant tout une quête. Et j’espère bien continuer à marcher le plus longtemps possible.
-- Extrait du journal Prier – Janvier/Février 2000 – Propos recueillis quelques mois avant sa mort en novembre 2000 --[justify]
Re: Théodore Monod
Merci Aaricia
intéressant.. ça doit faire mal aux pieds, quel courage !
debora
debora
Invoque-moi et je te répondrai, je t'annoncerai de grandes choses, des choses cachées que tu ne connais pas. (Jérémie 33.3)
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