La restriction cognitive

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La restriction cognitive

Message par Loys le Jeu 3 Juil - 17:28

Sous ce nom barbare se cache une réalité toute simple. Quand on veut perdre du poids, on instaure pour soi-même des règles, des aliments sains et non-sains, et un programme qui peuvent nous conduire à respecter à tout prix notre programme, plutôt que de s'écouter soi-même.

Ainsi, imaginons que dans mon "programme" je doive manger un bon petit déj, un repas équilibré à midi, et plus léger le soir.
Un matin, je me lève en ayant vraiment pas faim, mais je mange quand même mon bol de bircher, à midi, l'estomac alourdi par mon bircher, je me pousse à manger un repas consistant (et équilibré).
L'après-midi, j'ai un petit creux, le choix entre un aliment sain (une pomme) et un aliment pas sain (du chocolat) va dépendre uniquement de ma volonté, et non pas de mon envie. Si je cède pour le chocolat, je vais en consommer une grande quantité parce que c'est un aliment "interdit", tandis que si je décide de prendre du chocolat pour me faire plaisir (et en sachant que j'y ai droit), je vais en consommer moins (ou pas, mais mieux).
Et pour le soir, si je meurs de faim, mais que par principe je mange léger...

Bref, vous avez compris le principe.

Ci-dessous un extrait de l'article "Restrictions cognitives et régimes
Sémiologie de la restriction cognitive

Nous proposons dans cet article une description clinique détaillée de la restriction cognitive. En premier lieu, il ne s’agit pas d’un état stable, mais de deux états alternant entre eux avec une périodicité variable. Le premier état se caractérise par un hypercontrôle au cours duquel le sujet inhibe ses sensations alimentaires et maîtrise son comportement alimentaire. Le second consiste en un état de désinhibition et de perte de contrôle, prenant la forme d’accès hyperphagiques, de compulsions ou de crises boulimiques.

1 - L’état d’inhibition sans perte de contrôle.

On peut distinguer deux phases dans l’état d’inhibition sans perte de contrôle : la phase volontariste et la phase inconsciente.

a) La phase volontariste

Cette première phase, que nous appellerons " phase volontariste ", est dominée par des cognitions. Au cours de celle-ci, l’individu renonce délibérément à écouter ses sensations alimentaires de faim et de satiété pour s’en remettre à des règles devant permettre de contrôler le poids. Les règles générales les plus fréquemment évoquées aujourd’hui par les patients sont celles prônées par les professionnels de santé et reprises par les différents médias : il faut faire des repas équilibrés ; il faut faire trois repas par jour et surtout ne pas en sauter ; il faut manger copieusement le matin et alléger le repas du soir ; il faut manger beaucoup de certains aliments qui ne font pas grossir et éviter tous ceux qui font grossir. L’application de règles alimentaires rigides conduit à un comportement alimentaire en décalage avec les systèmes physiologiques de régulation de la prise alimentaire. La faim, les appétits spécifiques et le rassasiement ne sont plus pris en compte et ne guident plus les prises alimentaires. L’individu lutte contre ses envies de manger et doit leur opposer différentes stratégies afin de ne pas y céder.
Il peut pour cela :
1) proscrire partiellement ou totalement certains aliments considérés comme " grossissants " ;
2) développer un système de gestion des " écarts " alimentaires, selon un système de punition-récompense ;
3) mettre en place des stratégies d’évitement des situations dans lesquelles il existerait un risque de perte de contrôle ou de transgression des règles amaigrissantes, par exemple des repas socialisés, ce qui peut conduire à une marginalisation ou une désocialisation. L’installation d’un régime organisé, définissant précisément ce que l’on doit manger et ce qui est interdit, avec ou sans l’aide d’un professionnel de santé, apparaît comme un processus de renforcement des stratégies de contrôle et de mise en place de mécanismes de défense permettant de maintenir l’hypercontrôle nécessaire au projet d’amaigrissement.

Citons, parmi les mécanismes de défense non encore cités :
1) l’identification à un gourou amaigrisseur ou à certains de ses adeptes qui sont parvenus à maigrir, ce qui favorise le déni des sensations de faim et des envies de manger ;
2) le déni de la privation et l’institution de tabous alimentaires, qui consistent à déclarer les aliments interdits non comestibles (on n’en est donc pas privé et on peut déclarer qu’on a accès à tous les aliments comestibles sans limitation) ;
3) les rituels et pratiques fétichistes (consommation ritualisée de certains aliments, médications ou appareillages amaigrissants fétichisés, pesée ritualisée, participation à des groupes d’entraide, appel à Dieu) ;
4) la rigidification et l’obessionnalisation du comportement alimentaire.

b) La phase inconsciente

La phase volontariste de l’état d’inhibition sans perte de contrôle consiste en une lutte identifiée par l’individu. Dans cette seconde phase de l’état d’hypercontrôle, que nous nommerons " phase inconsciente ", les sensations alimentaires de faim, de rassasiement et de satiété sont brouillées et le comportement alimentaire est gouverné par des processus cognitifs inconscients et des émotions. Les processus cognitifs incitent la personne, à son insu, à manger au-delà de sa faim et viennent se substituer à ses sensations alimentaires.
Ils pourraient être exprimés de la manière suivante :

" Si je mange beaucoup d’aliments autorisés, je n’aurai pas envie des aliments interdits ". Il s’agit d’un processus cognitif fréquemment rencontré, qui conduit à la surconsommation d’aliments " autorisés ".

" Si je consomme un aliment interdit, je dois en manger beaucoup car je n’y aurai plus droit ensuite ", ou " si je ne mange pas tel aliment au moment où il est à ma disposition, je n’en aurai plus jamais par la suite " sont des processus cognitifs courants eux aussi, aboutissant à la mise en place d’une situation de pénurie artificielle que le sujet anticipe, le conduisant ainsi à la surconsommation d’aliments " interdits ".

Les émotions induites par les cognitions et les processus cognitifs incitent également à surconsommer en venant brouiller la perception des sensations alimentaires. Le mangeur finit par organiser son comportement alimentaire autour de la peur de manquer, du couple frustration-culpabilité et du trouble du réconfort.

- La peur de manquer est constamment présente. Elle se manifeste par la peur de la faim, la peur de succomber à ses envies d’aliments autorisés, la peur de manquer des aliments interdits et la peur de la disparition des aliments :
L’individu surconsomme les aliments " autorisés " au cours des repas par crainte de transgresser les règles amaigrissantes qu’il s’impose. Il mange ainsi en excès afin de ne pas succomber à ses envies d’aliments " interdits " ou à la faim qui pourrait survenir entre les repas et ainsi ne pas s’exposer aux pertes de contrôle qu’il redoute. Les peurs engendrées par les processus cognitifs prennent le pas sur les sensations de rassasiement et de satiété. Le sujet ne mange plus en fonction de ces dernières, mais pour se rassurer et perd ainsi la capacité de percevoir correctement ses seuils de rassasiement.
Enfin, bien des mangeurs restreints éprouvent de grandes difficultés à laisser de la nourriture dans leur assiette alors même qu’ils ont conscience de ne plus avoir faim. Lorsqu’ils consomment des aliments interdits, ils se comportent comme s’ils les mangeaient pour la dernière fois.
Dans certains cas, la peur de la faim prend les caractéristiques d’un état phobique pouvant déboucher sur des attaques de panique. Les symptômes de nervosité, de sueurs, de tremblements, de tachycardie, de malaise général, de peur de perdre connaissance sont parfois interprétés à tort comme hypoglycémies fonctionnelles. Des conseils nutritionnels incitant le patient à manger avant d’avoir faim jouent alors le rôle de renforçateurs de l’anxiété phobique.

- Le couple frustration-culpabilité est un dérégulateur puissant des mécanismes de régulation. La lutte permanente du sujet contre ses envies de manger provoque une frustration gonflant comme une vague qui viendra ensuite éclater dans une compulsion d’autant plus bruyante que la frustration aura été longue et péniblement vécue. Le rattrapage calorique n’est pas proportionnel au déficit dû à la restriction préalable. À l’opposé, la culpabilité conduit le mangeur restreint à tenter de surcompenser ses écarts alimentaires par une privation exagérée, sans rapport avec la régulation physiologique exigée par l’organisme, mais davantage proportionnelle à l’intensité de la culpablité ressentie.

- Le trouble du réconfort dénature profondément la relation affective du mangeur avec sa nourriture. On considère habituellement que les individus obèses mangent en excès parce qu’ils viennent puiser dans les aliments une forme de réconfort. Il se pourrait, au contraire, que l’anomalie ne réside pas dans le fait de chercher à se réconforter en mangeant, mais dans l’incapacité à y parvenir. Des travaux ont pu démontrer chez l’animal, aussi bien que chez l’humain, que les prises alimentaires constituaient une réponse ordinaire au stress.

La restriction cognitive empêche que la prise alimentaire soit réconfortante dans la mesure où le mangeur ne peut penser du bien d’aliments qu’il juge néfaste au contrôle de son poids, voire à son état de santé. Il est donc conduit à poursuivre vainement sa consommation à la recherche d’un réconfort qu’il pressent sans jamais pouvoir l’obtenir.

2 - L’état de désinhibition ou de perte de contrôle

Quoique dans certains cas, et durant une période de temps variable, l’état de restriction cognitive se résume à la phase d’hypercontrôle, dans la plupart des cas, on assiste à une alternance avec un état de désinhibition et de perte de contrôle. Ces pertes de contrôle sont habituellement considérées comme l’élément prépondérant, caractéristique de la restriction cognitive, par la plupart des auteurs.
Les facteurs déclenchants sont divers : exposition à des aliments interdits, émotions et dysphorie , prise d’alcool ou de médicaments, variations physiologiques, accès de fatigue, événements de vie entraînant une rupture de l’équilibre psychologique de la personne.
Selon leur intensité, leur fréquence et leurs conditions de survenue, elles sont décrites comme des accès hyperphagiques, des compulsions ou des crises boulimiques, et peuvent correspondre à un diagnostic de Bulimia nervosa ou, plus fréquemment, d’Hyperphagie boulimique (Binge eating disorder). Nous ne reviendrons pas sur leur description clinique.

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Les relations entre le poids et la restriction cognitive

Les relations entre le poids et la restriction cognitive

Face à un tel polymorphisme sémiologique, il sera difficile de prévoir les conséquences pondérales de la restriction cognitive. Le poids du sujet apparaît comme la résultante de la fiabilité de ses sensations alimentaires et de ses capacités à résister à ses pertes de contrôle. Les individus en état de désinhibition permanent (type 1 du tableau 1) présenteront généralement un poids élevé consécutif à leur surconsommation calorique. Les individus en état d’inhibition permanent ou alternant les deux états (type 2) auront un poids imprévisible. On peut ainsi envisager que certaines personnes totalement inhibées et en dehors de toute perte de contrôle soient sujettes à des surconsommations caloriques et donc à un surpoids du fait des processus cognitifs et des émotions qui auraient altéré la fiabilité de leurs sensations alimentaires. Mais on peut également concevoir qu’un hypercontrôle sans faille s’associe à une restriction calorique sévère et un poids bas, comme on le voit chez certains restreints chroniques ou chez les personnes anorexiques mentales. Enfin, ceux qui alternent les deux états présenteront un poids variable, évoluant parfois en yoyo, selon l’intensité des réductions caloriques compensatoires qu’ils parviendront à s’imposer.

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Re: La restriction cognitive

Message par debora le Ven 4 Juil - 10:35

Bravo pour tout ton travail, Loys
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