Retraite spirituelle sur les vocations avril 2008

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Retraite spirituelle sur les vocations avril 2008

Message par FAD le Mer 23 Avr - 22:41

Retraite spirituelle

« La vocation » « Dieu m’appelle » Avril 2008


Accueil et introduction

Frères et Sœurs,

Nous nous réunissons pour la 13ème année consécutive pour discerner, méditer, comprendre ensemble ce qu’est l’appel au service de Dieu, de l’église et des hommes.

Avant de commencer, je tiens à vous remercier d’être fidèles et toujours aussi nombreux à venir partager ces temps d’échange. Parmi nous, il y a des prêtres, des pasteurs, des religieuses et des moines, qui ont laissé paroisse et obligations pour venir nous rejoindre. Vous aurez remarqué, pour ceux qui la connaissent, l’absence de Sœur *****. La Mère Prieure de la communauté de **** est décédée au mois de février et c’est elle qui a été nommée à ce poste. Elle m’a envoyé un mail que je vais vous lire avec ses bons vœux et l’assurance de ses prières pour nous accompagner. Je vous propose que nous la portions également dans nos prières dans la difficulté de prendre au pied levé un tel ministère.

Les 16 jeunes qui sont parmi nous et que vous voyez pour la première fois, sont la grâce de notre Seigneur à notre diocèse. 7 d’entre eux sont entrés au séminaire depuis la rentrée 2007. 4 autres sont en faculté de théologie protestante de ***** et deviendront peut-être pasteurs. Les 5 derniers sont en discernement de vocation sacerdotale ou de vie religieuse, dont 2 d’entre eux participent à nos cours de théologie dans le cadre de l’année propédeutique que nous assurons ici.

Bienvenue à vous tous, et que cette relève possible soit source de joie et de louange, remercions Dieu de ses bienfaits.

Bien ! Nous pouvons commencer, mais vous en avez pris l’habitude avec moi, nous débuterons cette retraite et ces conférences 2008 par une prière commune et je vous invite donc à vous lever.

Seigneur notre Dieu, comblés de ta grâce, nous sommes réunis, pasteurs, religieux et laïcs, pour approfondir nos connaissances et apprendre à entendre ton appel. Oui Seigneur ! Tu nous appelles tous à être tes enfants, et pour certains d’entre nous, tes futurs serviteurs, pour guider par ta main et ton Esprit, les âmes que tu nous confies. Que ton esprit veille sur nous et nous couvre de ta sagesse, que ces 4 jours de débats et méditations nous ouvrent le cœur et les oreilles à mieux entendre ta voix qui nous appelle. Par Jésus le Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec toi et le Saint Esprit, maintenant et dans les siècles. Amen !!

Bon ! J’ai été gentil avec vous cette année. J’ai volontairement allégé le contenu de chaque conférence. Mes interventions seront donc moins longues. Personne ne s’est plaint l’an dernier, les plus diplomates se sont juste assoupis…(je plaisante). Mais votre travail à vous ne sera pas plus léger pour autant car le programme et les horaires sont les mêmes que les années précédentes. J’ai fait ainsi parce que l’an dernier les cours étaient longs et plusieurs d’entre vous ont dit de ne pas avoir eu assez de temps pour me poser des questions et débattre du vécu des échanges de groupes. Donc je ferai des interventions plus courtes et le soir nous aurons plus de temps pour les questions réponses.

Horaires :

Laudes à 7h30
enseignement 9h00-09h50
Eucharistie à 10h00 Puis temps libre
Sexte 12h15
Déjeuner 12h45
None 14h15
travail par groupe 15h00-16h00
temps libre 16h00-18h00
Vêpres 18h00 19h00 Dîner
Complies 21h00 05h00 Vigiles (facultatif)


Selon l’horaire que vous avez sous les yeux, vous voyez que nous avons 50 minutes de conférence le matin, puis 60 minutes de débat par petits groupes l’après-midi. Je passerai de groupe en groupe pour voir où vous en êtes et répondre aux questions. Le soir après le repas de 20h00 à 20h50, nous nous retrouvons tous ensemble dans la grande salle pour faire le point de la journée. De ce jeudi au dimanche la retraite gardera les même horaires que ce soit des rencontres ou des offices avec les moines. Vos repas se prennent dans la salle des hôtes en silence et à l’écoute du lecteur hebdomadier. La plupart d’entre vous savent tout ça et je vous prie de bien vouloir familiariser les nouveaux. Vous voyez, nous n’avons rien changé au rythme assez soutenu de notre retraite, à l’exception près que l’office des vigiles est devenu facultatif. Je préfère ne pas vous voir à cet office mais vous sentir à l’écoute, frais et dispos au temps d’enseignement…

J’espère que vous êtes tous munis de quoi écrire et surtout d’une bible, car sans elle vous aurez de la peine à me suivre. Ceux pour qui ce n’est pas le cas, peuvent réparer cet oubli maintenant, sur la table à votre droite vous avez tout ce qu’il faut à votre disposition.

Bien alors commençons !!

Dieu nous appelle

Tous nous le savons. En tant que chrétien, laïc, ou mieux, en tant qu’enfant de Dieu, il nous appelle à être son fils, sa fille, nous sommes dans le Christ, ses enfants pour l’éternité. Si nous n’avons pas toujours conscience de cela, nous le pressentons malgré tout.

Qu’est-ce qui nous pousse à ouvrir notre bible pour y étudier la parole ? Qu’est-ce qui nous incite à rejoindre nos frères et sœurs au culte ou à la messe du dimanche ou à fréquenter des groupes de prière ? Qui est-ce qui nous invite à son amour en vivant dans sa sagesse et la charité ? Tout cela c’est Dieu seul qui nous y invite, il nous l’offre par la grâce de son amour, de son enseignement, en nous appelant à être ses enfants dans le Christ…

Et bien parmi nous, parmi vous, certains sont appelés à le suivre. Christ nous appelle à le suivre, pour qu’à sa suite nous montrions le chemin de la vie éternelle et que nous y guidions nos frères et nos sœurs. (Rom 1,5-6) et (1Co 1,26-27)

La vocation aujourd’hui : première étape du discernement

Appelé à suivre le Christ, sacerdoce (prêtre ou pasteur), vie religieuse ou contemplative, laïc engagé, quelle position adopter face à cet appel mais aussi face à l’univers social qui est le mien, celui dans lequel j’évolue… Question fondamentale lorsque l’on se sent appelé par lui.

Que veut-il de moi ? Comment m’insérer dans le tissu et la structure de l’église ?

Pour répondre à ces questions, il faut accepter de se dire que nous devons comme tout homme ou toute femme, passer par le cycle de la crise identitaire. Pour savoir où aller et comment marcher sur les pas du Christ, il est bon de savoir qui nous sommes… Le choix de notre vocation doit être une réponse à l’appel de Dieu certes, mais il doit être en harmonie avec ce que nous sommes. Et grâce à Dieu, nos églises chrétiennes nous offrent une palette élargie de possibilités et de choix de vie pastorale.

Pourquoi parler de crise identitaire ? Simplement parce que la société avait pour habitude de nous donner une identité, un statut, qui se définissait par une profession, un rôle social, une vocation, et pas seulement comme homme d’église. Être médecin, enseignant, avocat, musicien, plombier, facteur ou ramoneur, agriculteur, prêtre etc. Ce n’est pas seulement avoir un métier, c’est être quelqu’un. La société qui par ses écoles et universités, nous formait et nous dirigeait vers notre métier, ne nous fournissait pas seulement un moyen de gagner sa vie, mais aussi la manière d’être un homme, une femme, d’être face à la société qui nous élabore en tant qu’individu.

Nous parlons de crise identitaire chez toute personne en recherche de vocation parce que tout cela n’existe plus d’une part, et parce que en se cherchant un avenir on se cherche soi-même.

La société civile nous forme encore, mais ne nous offre plus de statuts humains. Les institutions de la société qui soutenaient les professions ou les vocations, ont perdu de leur autorité et de leur indépendance, elle doivent comme le reste du monde, se soumettre aux impératifs du marché… Et de là découle la difficulté du travail de discernement de vocation. Quel choix faire de sa propre vie ? Comment construire sa vie en suivant Jésus, cela est devenu de moins en moins clair depuis la seconde moitié du XXème siècle.

(Il n’y a pas longtemps j’ai accepté l’accompagnement spirituel pour une préparation au mariage. C’est pas mon truc, comme on dit. Mais j’ai accepté parce que ce couple qui se prépare ont respectivement 76 et 81 ans. Je me suis dit, un truc pareil ne doit pas souvent arriver dans la vie d’un prêtre, allez fais-le. Cette femme, engagée socialement et caricativement dans plusieurs associations, toujours auprès des plus pauvres, elle m’explique que ce qui est le plus dur pour elle c’est sa vocation. Elle était DRH dans une grande firme, elle est devenue et est encore la PDG de cette société. Et en tant que chrétienne, qui cherche à vivre et prodiguer la justice selon l’évangile qu’elle a décidé de suivre, elle se doit malheureusement le mois prochain de licencier 40 personnes qu’elle connaît bien et avec qui elle travaille depuis plus de 20 ans.)

Ce n’est pas nous en tant qu’individu qui avons un problème avec l’idée de la vocation, celui qui s’engage dans l’église comme le futur médecin sait bien qu’il y engage sa vie, sa famille, qu’il va y sacrifier tout son temps. Nous, nous n’avons pas perdu le sens de la vocation, mais la société d’aujourd’hui elle, correspond de moins en moins à cet idéal d’engagement. La notion du marché de l’emploi à changé la société à tel point qu’elle ne correspond plus à la notion de vocation, la société n’est plus constituée de gens qui engagent leur vie de telle ou telle manière, mais de fonctions qui doivent être remplies, parce que la société à des désirs à satisfaire, il faut répondre aux exigences de l’offre et de la demande.

Nos églises aussi ont reçu cette exigence de plein fouet et sans avoir eu le temps de s’y préparer. Le progrès et la transformation économique, pressé par les sociétés dites « humanistes » n’ont pas permis aux églises de s’adapter dans un délai aussi bref. Tout ce qui est du domaine du sacré prend du temps à se réformer. Nous, religieux(ses), prêtres, pasteurs, diacres etc. qui sommes nous aujourd’hui ? Qu'est devenue notre vocation dans nos églises ? La réponse à cette question est d’importance, non pas seulement parce qu’elle pourrait nous donner confiance pour aller de l’avant ou même attirer de nouvelles vocations. Elle est importante, car pour l’absorber nous devons réfléchir à cette crise d’identité qui afflige la plupart des gens aujourd’hui…

Nul n’est créé par Dieu pour être uniquement un consommateur ou un travailleur, pour être acheté ou vendu sur la place du marché comme un esclave. Si nous retrouvons confiance en le sens réel de la vocation alors serons-nous peut-être capables de manifester quelque chose de la vocation humaine. Le problème que nous avons à affronter dans le discernement concerne la signification même de l’être humain, c’est le sujet de méditation pour cette première journée de retraite. Et comme base biblique de travail, je vous propose de vous laissez inspirer par la lecture [b](Jean 10, 1-10).


Amen !

(Temps de débat et questions)
Mon secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !


Dernière édition par FAD le Mer 23 Avr - 22:56, édité 2 fois

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2ème JOUR

Message par FAD le Mer 23 Avr - 22:43

2e jour

La confiance

Dans la vocation religieuse ou sacerdotale nous avons une notion importante de « confiance » qui s’exprime de différentes manières.

Premièrement, il y a la confiance que Dieu porte en nous ! Comment peut-il m’appeler et me juger digne de devenir son serviteur en tant que pasteur. Rendez-vous compte de la confiance qu’il nous montre, en nous confiant son troupeau. Ensuite il y a la confiance que nous mettons en lui ! Déjà être chrétien, embrasser la foi est une marque de notre confiance en Dieu. S’en remettre à sa parole, croire en lui, alors que nous ne le voyons pas, qu’objectivement rien à part notre foi, nous prouve son existence… Et enfin, il y a la confiance du peule de Dieu pour leurs pasteurs, la confiance que porte chaque chrétien pour le berger qui le conduit. En venant nous demander, conseils, accompagnement spirituel, soutien psychologique, aide à l’enseignement et au discernement, toutes ces raisons qu’un laïc a de se tourner vers nous « pasteurs, prêtres, religieux(ses) », est une marque de confiance encore plus grande. Plus grande, car il s’agit pour eux de faire confiance à un être qu’ils voient certes, mais qui est humain, même s’il travaille sous inspiration divine. Nous nous devons d’en être digne, de nous former à ce que cette confiance envers nous soit respectée. D’une valeur essentiellement anthropologique , la confiance ne peut pourtant se démarquer de la foi dont elle est l’essence même. Avoir la foi, c’est croire ! Ne dit-on pas : « j’ai foi en toi », ce qui veut dire je crois et j’ai confiance en toi…

N’oublions donc pas lorsque nous recevons quelqu’un au nom du « Père », que l’être en quête qui est en face de nous, se donne dans la confiance, et qu’une responsabilité se pose à nous, aussi grande et importante que celle que l’on a de répondre « oui ou non » à l’appel du Christ de le suivre.

Qui dit confiance, dit aussi fidélité ! Dieu nous est fidèle et nous devons de l’être à notre tour envers lui comme envers ceux qu’il nous envoie. (Ps 26,3) (1 Co 1,9)

La confiance que Dieu met en nous n’est pas liée au fait que nous soyons meilleurs qu’un autre. Non ! Il ne nous l’accorde qu’au fil de notre élévation, de notre formation, notre transformation Christique que nous avons décidé de suivre. Et cela passe par la grâce, celle de sa miséricorde, oui c’est sa miséricorde qui nous octroie sa confiance comme l’explique Saint Paul (1 Co 7,25) :
"je vous donne l’avis d’un homme, mais qui par la miséricorde du Seigneur est digne de confiance"

(Trait d’humour)= Ne me voyez pas aussi Paulinien que notre Père Abbé, mais nul autre apôtre ne traite mieux le sujet de la confiance que Paul. Ne vous étonnez donc pas que dans ce chapitre il soit souvent cité. Mais dans le même esprit, voyez aussi (1 Tim 1,12) : « Je rends grâces à celui qui m'a fortifié, à Jésus Christ notre Seigneur, de ce qu'il m'a jugé fidèle ». Passage qui montre là aussi comment Jésus se fait miséricordieux en fortifiant celui qu’il recrute comme pasteur…

Encore une autre notion de confiance. Si je me donne à Dieu, pas seulement en tant que religieux ou pasteur, mais déjà comme laïc engagé où je donne beaucoup de mon temps, quel que soit le ministère qu’il m’est donné d’exercer, comment vais-je le concilier avec ma vie, de quoi vais-je vivre, qui va subvenir à mes besoins, mes déplacements, mes frais etc. Se donner à Dieu c’est aussi s’en remettre à la providence, et là aussi une marque de confiance. Prenez par exemple (Mt 19,20-22) : « vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et suis-moi » C’est lui faire confiance dans un renoncement puisqu’il faut se détacher de ce que l’on as. Notre vocation trouve ses fondements non seulement dans ce que nous acquérons dans l’enseignement qui nous y prépare, mais aussi dans ce que nous laissons derrière nous. Pour répondre à cet appel, nous abandonnons bien des choses et parmi elles, certaines qui nous donnent cette fameuse identité sociale, le statut d’un emploi, d’une place dans la société.

De la notion de confiance à celle du courage, il n’y a qu’un pas que je vous propose de franchir. Répondre à un appel, suivre une vocation, c’est oser. Oser vouer sa vie, donner sa vie, se donner entièrement, comme le Christ s’est donné. Comme présenté hier et en particulier dans notre culture occidentale, et à notre époque, il y a une profonde perte de confiance dans l’acte de s’engager. Nous le constatons dans la chute des mariages, le taux élevé de divorces, ou dans le nombre d’unions « libres ». Aussi nous le voyons dans la crise des vocations médicales, religieuses et sacerdotales, l’éducation ou l’enseignement. Il semble que nous n’osons plus, nous n’avons plus la confiance de l’engagement.

Après la confiance et le courage vient l’espérance (confier, oser, puis espérer). Restaurer la vigueur dans la foi, voir à nouveau s’ouvrir le monde et les jeunes à l’appel de Dieu, à la vocation, c’est au-delà de confiance et du courage, un message d’espérance. C’est le messages même qui guide les prêcheurs, les prophètes et les apôtres. L’espérance, un des piliers de la foi bien sûr, mais aussi elle semble, sociologiquement parlant, être ce que le monde à besoin aujourd’hui. Un message d’espérance, c’est ce qu’est la parole du Dieu vivant et le message du Christ, et c’est ce que doit véhiculer notre ministère et ce que représente notre engagement. D’ailleurs c’est plus que jamais d’actualité si l’on se réfère à ce que dit Benoît XVI dans son encyclique : [i]« sauvés dans l’espérance ».

Confiance, courage et espérance, sont les trois composants du thème que je vous propose de travailler aujourd’hui. Vous formerez 3 groupes et non 4, ceci parce qu’une des salles de réunion est occupée. (Col 1,24-29) Dans ce passage biblique vous retrouverez la notion de confiance que Dieu a en son serviteur, l’espérance à venir et le courage de Saint Paul dan son ministère. Voyez que les réalités de l’époque comme aujourd’hui sont toujours les mêmes. La parole de Dieu est bien vivante et les règles qui régissent le ministère à qui répond à son appel sont identiques. Les 20 minutes qui nous restent je vous propose de lire ensemble et méditer les lectures de ce jour.

Amen !

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3ème JOUR

Message par FAD le Mer 23 Avr - 22:45

3ème jour

Le discernement


Reprenons ce troisième jour de retraite, avec ce que j’appellerai un travail d’horloger, c’est à dire : « remettre les pendules à l’heure ». Que personne ne s’inquiète, je ne fais pas allusion à un règlement de compte ou pire… (humour)

A chaque retraite que l’on me demande de prêcher sur les vocations, je suis encore étonné de voir des gens, qui les yeux grand ouverts nous regarde l’air béat. Nous, je veux dire les religieux(ses), prêtres ou pasteurs, ou même nos futurs successeurs, étudiants et séminaristes de tous poils. A chaque fois, j’entends au moins une fois de leur part : « Oh ! Mais vous, vous avez la vocation ». Sous entendu que nous qui répondons à l’appel d’une vocation, sommes à part du commun des mortels, comme si nous étions des être à part… Ce qui veut dire aussi : « Vous n’êtes pas comme nous, qui avons un métier conventionnel et sommes mariés ».

Dans ce cas là, je réponds souvent ainsi. Mais vous aussi vous avez répondu à une vocation, à un appel, celui de l’amour. Et au service des autres, vous y avez répondu aussi, peut-être sans le savoir sans vous en rendre compte. Que vous agissiez dans la science, l’art, le monde ouvrier ou agricole, le commerce ou l’industrie, vous êtes au service de l’humanité qui a besoin de vous et vous participez à son développement en étant marié et en élevant des enfants. Le spirituel ne saurait se passer du temporel. Dans votre vie et à votre manière vous justifiez notre existence , car c’est bien ce que le Seigneur nous demande : « aimez-vous et multipliez-vous ». La vocation du mariage existe dans le fait d’être mari et femme, père et mère, la vocation est universelle, comme l’église.

Le malheur de beaucoup de vocations manquées vient de là : l’ignorance ou la négligence des fondements. Dans le domaine humain comme dans le religieux, il se peut que l’on prenne de fausses directions et trop vite. (D’où la remise à l’heure des pendules) avant de faire un choix de vie aussi important que la vocation religieuse ou le mariage, il convient de faire un discernement. Par exemple se dire intérieurement et avec profondeur : « je ne sais pas si je suis appelé à cela, mais ce dont je suis sûr, c’est que je n’ai pas la structure humaine et spirituelle pour mener la vie que je rêve ». Revenez à ce que vous êtes et que vous ignorez peut-être ou que vous fuyez. Apprenez à vous aimer. Toute vocation n’est vraie que si elle s’insère dans cet appel à vivre ce que nous sommes et n’est pas une fuite.

Quand un chrétien parle de vocation, il doit prendre conscience des dimensions de l’aventure dans laquelle il se lance, et c’est dans ces perspectives particulières qui lui sont propre qu’il doit entendre cet appel. Vivre un discernement c’est grandir, mûrir, voyez comme cela est explicite dans l’épitre aux Hébreux ( 5,11-14). Il faut être adulte pour avoir les sens exercés au discernement. Concernant la vocation, le discernement n’a rien à voir avec ce que l’on entend habituellement d’une réflexion avant décision. Il n’est ni de l’ordre du sentiment, ni de la pure raison. C’est sur le plan de L’Esprit qu’il faut baser la réflexion. Comme l’explique Saint Paul dans (Ph 1,9-10), c’est l’exercice d’un sens, un tact affiné de l’amour divin, donc de l’Esprit Saint qui nous permettra de discerner le meilleur.

C’est dans la prière et l’accompagnement spirituel que l’on s’efforce de vivre dans la lumière de l’Esprit, ce qui exercera spontanément un sens qui permettra de reconnaître ce qui est de Dieu et ce qui ne l’est pas. Saint Jean le dit aussi très bien : « afin que l’on vous enseigne, par la grâce de l’Esprit qui nous accorde d’emblée la parole de Dieu que nous entendrons… »

Que dois-je apprendre, acquérir, pour répondre à cette vocation de prêcheur, pasteur, religieux etc. Vous apprendrez à vivre ce que vous devez vous même reconnaître chez la personne qui vous guide spirituellement dans votre discernement et ce que tout bon pasteur devrait montrer. C’est ce que Saint Paul définit comme les « fruits de l’Esprit ». Ceux-là même où l’on reconnaît la présence du Christ en nous. Les fruits de l’Esprits sont : la bonté, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi. Le bon sens spirituel, le bon pasteur ne se voit qu’au travers de ces signes qui accordent à l’être la vie de l’Esprit.

Ne pas confondre avec les 7 dons de l’Esprit, qui eux sont :

intelligence, conseil, sagesse, connaissance, piété, force, crainte

Les fruits de l’Esprit découlent de l’expérience de vie avec les 7 dons de l’Esprit, et non le contraire. J’ai vu bon nombre de personnes se tromper sur le sujet. Quoi qu’il en soit, c’est les critères correspondant au bon guide spirituel. (Mais je préciserai que théologiquement parlant cette affaire des dons de l’Esprit est parfois contestée. C’est surtout la manière dont elle est enseignée dans le catéchisme qui est sujet à caution car elle est une interprétation qui ne traduit pas vraiment Isaïe 11) (les fruits de l’Esprit eux nous sont révélés beaucoup plus tard dans la lettre aux Galates).

La base de tout discernement spirituel de qualité est celui-là même que Saint Ignace pose au début de ses exercices spirituels. Il consiste à prendre de la hauteur pour relativiser toutes choses par rapport à l’unique nécessité. Chercher la réussite de ma vie non dans un état ou un autre, mariage ou célibat, pauvreté ou richesse, mépris ou réputation, humilité ou pouvoir, mais uniquement dans le désir de : « ce qui me conduit au plus près de Dieu ». Approcher des fruits de l’Esprit dont parle Saint Paul, qui ne sont autre que la volonté de Dieu quand il nous enseigne à vivre dans son amour.

Le discernement se passe par 3 étapes successives de compréhension, de raisonnement et de décision.

La première consiste à s’établir dans la confiance en Dieu, et dans la paix, à partir d’une connaissance exacte de soi-même sous la lumière de la parole. Ceci conduit à bannir le doute, la peur, la mauvaise conscience, et à développer la certitude de l’amour et de la miséricorde. (Une action pénitentielle comme une retraite serait de bon augure).

La seconde, consiste à laisser en nous s’éveiller le désir de servir Dieu et nos frères. Être apte à faire de grandes choses, voire même des sacrifices pour lui et ce ministère qu’il nous confie. Lors du raisonnement, les uns se retirent du monde, les autres s’y enfoncent, mais tous sont appelés n’importe où, n’importe quand, à le servir et c’est parfois dans des conditions difficiles. Un pasteur ou un prêtre, un(e) religieux(se), n’a ni vacances, ni dimanches, ni 35h00. Les uns comme les autres, nous répondons à un appel, servir Dieu et travailler à sa gloire, à la suite de l’unique Maître que nous aurons, Jésus Christ. Exercice difficile dans ce parcours, c’est celui d’apprendre que tout ce qui se fait de bon dans ce royaume de serviteurs de Dieu, s’accomplit dans la grâce de la mort et de la résurrection de Jésus. Pour atteindre ce degré de sapience proche des béatitudes, le chemin est l’ascension spirituelle où elle engage l’homme derrière le Christ.

On passera de préférences alors par des exercices spirituels qui vont nous apprendre les fruits de l’Esprit, comme par exemple : être pauvre, ou plus justement, détaché, afin d’être libre pour aimer. Ou aussi des exercices d’ascèse lors de courtes retraites pour acquérir la paix. S’en remettre à Dieu pour discerner mais dans un lieu et un contexte favorable et plonger à la source de son amour et contempler Dieu en toutes choses.

Enfin c’est le sommet de l’ascension, vous résistez de votre foi et votre appel à le servir se fait plus précis et même plus pressant. Il faut être éprouvé dans ce désir pour que la vocation soit avérée. Plus que jamais dans ce cheminement se trouve justifié, le fait de passer par la croix, comme celui là même que nous désirons imiter et après lequel nous voulons marcher.

Cherchant à faire le discernement de vocation, de voir quelle est la volonté de Dieu, nous attendons la réponse à une question précise : « que dois-je faire de ma vie et comment puis-je le servir ? ». Mais en fait le secret c’est que nous sommes invités à transformer notre cœur dans la grâce du Christ et à la lumière de l’Esprit. C’est aussi l’aide la plus précieuse pour un discernement objectif et fondamental.

Amen !

(Temps de débat et questions)
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Dernier jour

Message par FAD le Mer 23 Avr - 22:47

4ème jour

Dernière étape du discernement : « la décision »

Je ferai très court pour ce dimanche, car nous avons à reprendre cet après-midi la plus part de vos réactions et votre travail de groupes, afin de voir comment cette retraite et la méditation de ces textes vous ont interpellés.

Donc, après la réflexion, le discernement, vient tout logiquement le moment crucial de la décision. Elle doit venir comme un fruit mûr. Elle est le résultat non seulement de votre discernement mais aussi la relecture de votre passé. Oui de votre passé, car nous ne sommes pas appelés comme ça du jour au lendemain. Une vocation religieuse ou sacerdotale se dessine dans le temps et souvent Dieu nous en a déjà montré les prémices mais nous avons été aveugle et sourd. Cette relecture permet de se mettre devant la continuité de la vie qui précède ce choix radical. Ceci permet parfois de faire ressurgir des éléments cachés qui inconsciemment ont provoqué ce discernement et de mieux nous éclairer sur la direction que doit prendre cette vocation, cette vie que l’on donne à Dieu.

Car il y a autant de formes différentes de servir Dieu, qu’il y a de sensibilités humaines en chacun de nous ici présent, et nous devons trouvez le ministère qui nous correspond le mieux. Hier nous avons parlé des exercices spirituels, des mises à l’épreuve, qui doivent être supervisées par l’accompagnateur spirituel, et bien si au bout de ce temps, j’y éprouve toujours la paix intérieure et le désir de suivre le Christ, il est temps de se lancer et de se donner vraiment sans rien oublier de lâcher.

Si ces mises à l’épreuve n’ont pas éteint le feu qui animait ce sentiment d’appel, on peut en conclure que Dieu n’est pas loin qu’il n’en est pas étranger. Le choix, le jour dit, entre vie sacerdotale ou religieuse, se fait de lui-même. Il porte les critères d’une action divine. Descente en soi, décentration de soi, ouverture du cœur et désir profond du don de soi, autant de motivations positivement inspirée par l’Esprit.

Avant de pourtant définitivement décider d’accepter cet appel, et surtout dans le cadre d’une vie religieuse, il ne faut pas oublier que le temps est un allié et que la précipitation et l’ennemi du bien. Discernement spirituel ou examen rationnel, le temps est nécessaire pour déceler la pureté de nos motivations et si l’amour qui nous y entraîne vient d’en haut… Si les fiançailles était vécues comme le discernement de vocation, il y aurait peut-être moins de divorce.

Même là au moment de la décision, il est bon de s’arrêter, de relativiser, c’est là que peut encore se lever le voile de l’erreur ou de l’illusion humaine. Il est bon de vivre la préparation et la décision, dans la discrétion et la prière, là où le père nous attend et où il agit. L’illusion est de croire que le choix fait et la décision prise, il n’y a plus rien à découvrir. La vocation n’est pas un trésor acquis pour toujours. Elle se nourrit comme la vie d’un couple, c’est une relation d’amour avec Dieu et l’humanité qui évolue et la vocation elle même peut en être transformée.

Je connais le cas d’une religieuse qui après 20 ans de vie cloîtrée dans une chartreuse, est devenue médecin urgentiste et elle fait aujourd’hui le tour de la planète en travaillant sur le terrain, où les conflits sont les plus violents).(Ou comme cet ancien pasteur de paroisse, marié et sur actif, a vu se tourner sa vocation vers une vie contemplative, et qui faute de monastère de ce style dans son église est devenu ermite).

La vocation est un don de Dieu, et si nous y sommes fidèle, ceci même dans la difficulté d’un ministère lourd ou inadéquat, connaissant nos besoins, il se chargera de vous appeler ailleurs, toujours là où il en a besoin, mais où ceci nous correspond. Grégoire de Nysse disait : « aller de commencements en recommencements, jusqu’à l’éternel recommencement ».

On croit ceci ! Voilà, j’ai appris plein de choses, je me suis formé, je vais enfin servir Dieu, prendre un ministère etc. A cet instant rappelez-vous toujours ce que Jésus à dit à Nathanaël : [i]«Tu n’en es qu’au commencement des merveilles, tu verras des choses encore plus extraordinaires».

Mais en décidant de suivre le Christ, se sachant appelé à une œuvre originale qui l’engage tout entier, l’homme ne vit pas sa vocation pour lui mais pour tous. Le don de soi est aussi une perte de soi, cette tension du « personnel » et de « l’universel », est la loi de toute vocation. Elle suit la volonté du Christ sur la terre qui ne réalise son union avec le Père dans la chair, qu’en s’ouvrant à l’amour de tous les hommes et elle demeure la loi de tout disciple. C’est l’acceptation de cette loi qui aide à vivre, à accepter, le poids souvent phénoménal du sacerdoce paroissial.

Le statut d’évangéliste, car c’est ce que nous devenons de par notre vocation, est à la fois dur et complexe. Mais il est aussi source de bonheur et il est libérateur. Il consiste à garder le sentiment que tout est reçu, mais aussi que tout est appelé à être redonné, comme l’amour et la sagesse que Dieu nous donne et que nous transmettons.

Toute oeuvre que l’on accomplira, a du prix aux yeux de Dieu, parce qu’elle s’accomplit dans le Christ, le plus important dans cette vie de vocation, c’est la place donnée à Jésus Christ. Il est au centre de tout, et surtout au centre de notre vie, de notre engagement.

Amen !

Voilà, frères et sœurs, j’en ai terminé. Vous remarquerez que cette année j’ai été moins académique, moins théologien. C’est plus reposant pour moi, plus digeste pour vous et surtout pour les jeunes et laïcs qui nous font la joie d’être là et toujours plus nombreux.

J’espère que cette conférence en 4 étapes et ces 4 jours de travail sur le discernement et les saintes écritures, vous auront fait comprendre plus réellement ce qu’est, ou ce que devrait-être, un discernement de vocation religieuse ou sacerdotale.

(Remerciements, salutations à ceux qui partent le matin, et programme pour l’année 2009)

Frère ***

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Re: Retraite spirituelle sur les vocations avril 2008

Message par debora le Jeu 24 Avr - 8:38

Merci infiniment, FAD, je te suis reconnaissante de nous avoir donné la possibilité d'assister, par la lecture, à cette conférence très intéressante..
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Re: Retraite spirituelle sur les vocations avril 2008

Message par christianc le Jeu 24 Avr - 9:17

Merci de ce partage FAD sur le discernement des vocations, cela m'a fait penser à ce livre "L'imitation de Jésus Christ" ainsi qu'à d'autres.

4 Jours qui ont du être bien occupés je vois...
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Re: Retraite spirituelle sur les vocations avril 2008

Message par FAD le Jeu 24 Avr - 11:21

Merci Christianc,

Oui en effet tu as bien ressenti l'esprit de cette retraite, je l'ai en effet imaginée sur cette spiritualité de l'imitation, celle de Kempis, qui d'ailleurs a eu son influence sur Luther, donc comme exercice oecuménique je trouvais ça logique. Et aussi sur fond Ignacien, la compagnie de Jésus étant une référence en matière de qualité d'accompagnement dans le discernement. Mais il y a aussi une autre spiritualité fortement marquée... Je vais laisser le temps de voir si quelqu'un le découvre.

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Re: Retraite spirituelle sur les vocations avril 2008

Message par debora le Jeu 24 Avr - 13:48

A ce sujet, je recopie un plan du livre "L'imitation de Jésus-Christ", sur le foum "Piliers de la foi chrétienne". Ce peut être intéressant pour ceux qui suivent cet échange..
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Re: Retraite spirituelle sur les vocations avril 2008

Message par christianc le Jeu 24 Avr - 13:52

Bonjour Fad

- Ignace de Loyola (pour le discernement)
- Kempis (ou le collectif)

Ce qui m'y a fait penser c'est le passage sur la vocation, de ceux qui ont une vie "ordinaire" et un travail "dans le civil" l'imitation de Jésus Christ remet à mon sens la "vocation" sur les rails, où que l'on soit.

J'avais "fréquenté" Kempis il y a longtemps, en lisant John Wesley en fait, c'est par John Wesley que j'ai découvert Thomas A Kempis, et que j'ai fini par le lire. (Dans une période où j'avais beaucoup plus de questions que de réponses ...Disons que j'en ai reçu certaines par cet intermédiaire, )

(Il faudrait que je retrouve ce que j'avais écrit en réponse à une question, dans une discussion, "pourquoi n'y a t'il pas ou très peu d'ordres chez les protestants;..)


- St Benoit

(C'est le passage sur les 7 dons de l'esprit qui m'a mis sur la piste), j'avais connu quelqu'un qui avait animé plusieurs sessions à partir de la pensée de St Benoit (dans un cadre oecuménique je précise).

Sermon sur les 7 dons du St Esprit

Il y a certainement d'autres influences, mais auxquelles je n'ai pas été personnellement confronté.
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Re: Retraite spirituelle sur les vocations avril 2008

Message par FAD le Jeu 24 Avr - 17:40

Merci Debora, je ne manquerai pas d'aller y faire un tour.

Christianc, St Benoît, pour les dons de l'Esprit, oui pourquoi pas...
De toute façon il me serait difficile de ne pas être inspiré de ceux qui m'ont formé...

Mais, concernant l'analyse sociologique qui est mis au service du discernement et dont je fais référence et qui est le point central de cette conférence, c'est typique à quelqu'un d'autre...

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Re: Retraite spirituelle sur les vocations avril 2008

Message par debora le Sam 26 Avr - 7:31

Alors ? personne ne sait, et bien nous n'avons plus qu'à patienter..
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